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Lutter contre la COVID-19 : une réponse équilibrée

6 juillet 2020

 

La COVID-19 constitue une grave menace à la santé publique et le demeurera jusqu’à la découverte d’un vaccin sécuritaire, efficace et universellement accessible ou d’un traitement médical semblable. La COVID-19 a causé de nombreux décès, et chacun d’entre eux représente une issue tragique. Toutefois, pour ce qui est de la santé de la population en général, l’impact direct de la COVID-19 sur la mortalité prématurée est faible. Bien que les personnes de moins de 60 ans comptent pour 65 % des cas, elles représentent à peine 3 % des décès. Avec un accès facile à des services de santé, il est possible d’éviter des conséquences graves chez ceux qui ne présentent pas de facteurs de risque préexistants. 

 

En mars 2020, des mesures de santé publique sans précédent ont été mises en œuvre au Canada en réaction à l’augmentation rapide du nombre de cas et de la menace potentielle de cette situation pour le système de santé. En raison d’une possible augmentation exponentielle du nombre de cas et de la situation qui prévalait dans d’autres parties du monde, nos gouvernements ont adopté ces mesures, qui se sont appliquées à toute la population, afin de protéger notre système de santé. Ces interventions visaient à gagner du temps nécessaire pour préparer une réponse à plus long terme. Elles ne doivent pas constituer un moyen d’éradiquer la maladie. 

 

Même si certains pays ont réussi à réprimer la maladie, la plupart des pays continuent de connaître des cas et éclosions sporadiques. Seuls quelques pays, principalement des nations insulaires, semblent avoir éliminé la maladie, mais nous ignorons pendant combien de temps ces pays pourront s’isoler complètement du reste du monde. 

 

Les mesures de santé publique ont effectivement protégé notre système de santé, à un point tel que le Canada a disposé d’une capacité excédentaire. Nos dirigeants et autorités de santé publique ont dû utiliser un langage fort pour favoriser l’acceptation universelle de ces mesures. Par conséquent, de nombreux Canadiens et Canadiennes se sont mis à avoir peur de la COVID-19 et s’inquiètent des conséquences liées au fait de travailler, d’obtenir des soins médicaux courants et préventifs, de participer à des événements religieux et culturels, d’interagir avec leur famille et leurs amis, d’utiliser le transport en commun, de faire des courses et autres activités normales.  

 

Contrôler la COVID-19 est une importante priorité de santé publique, mais il ne s'agit pas du seul défi ni du plus important pour la santé de la population canadienne. Nous devons examiner les vastes déterminants sociaux de la santé et leurs répercussions sur les citoyens, en adoptant particulièrement le point de vue de l’équité, puisque les conséquences des mesures de santé publique n’ont pas été réparties de façon égale dans la société. Ceux qui font partie des groupes à plus faible revenu, les personnes de race noire et d’autres groupes racialisés, les immigrants récemment arrivés et les populations autochtones portent un fardeau disproportionné. Les efforts de santé publique doivent tenir compte des impacts de la maladie, mais aussi des conséquences qu’ont les mesures de contrôle sur tous les segments de la population. 

 

Il faut accorder la priorité aux déterminants fondamentaux de la santé - éducation, emploi, vie sociale et soins médicaux et dentaires. Les mesures prises pour contrôler la COVID-19 doivent s'adapter à ces déterminants de la santé. Les enfants ont besoin d’interagir avec leurs pairs dans les services de garde, à l’école, dans le cadre d’activités sportives et sociales et dans les camps d’été. Les adultes doivent se rendre au travail. Les familles et les amis doivent se réunir.

 

Les coûts sociétaux du maintien de ces mesures de santé publique, même avec un allègement graduel, sont trop élevés. Les Canadiens et les Canadiennes ratent des chirurgies et des rendez-vous médicaux planifiés, ce qui entraînera un nombre accru de décès. La situation présente d’importants enjeux pour nos jeunes, avec un impact sur le développement de la petite enfance, qui constitue l’un des indicateurs les plus forts des résultats pour la santé et le volet social à long terme. L’éducation est compromise. On observe une augmentation de la violence familiale, de la consommation d’alcool et de drogues et de l’insécurité alimentaire. Les conséquences économiques sont immenses. Cette situation engendre un taux de chômage accru, ce qui est relié à un plus grand nombre de décès.  Et le tribut sur la santé mentale commence à peine à se faire sentir. Les préoccupations personnelles à propos de la maladie, des cas et des décès chez des amis et membres de la famille, la solitude et l’isolement, les inquiétudes à propos des emplois et des finances, les parents qui doivent jongler avec la garde des enfants et le sentiment général d’insécurité entraînent des niveaux accrus d’anxiété, de dépression et de stress. 

 

Nous devons cesser de penser à tenter d’éradiquer cette maladie, ce qui est irréaliste et mènera à la dévastation continue de notre société, et nous fixer un nouvel objectif. 

 

Notre nouvel objectif : Réduire au minimum l’impact de la COVID-19 à l’aide de méthodes pratiques, efficaces et compatibles avec nos valeurs et notre sentiment de justice sociale. Nous devons axer nos efforts sur la prévention des décès et des maladies graves en protégeant les plus vulnérables tout en permettant à la société de fonctionner. 

 

Tant qu’il n’existera pas de vaccin, éliminer la COVID-19 ne pourra être un objectif concret pour le Canada. Nous devons accepter le fait qu’il y aura des cas et des éclosions de COVID-19. Nous devons atténuer les effets de la maladie en adoptant des mesures qui sont équitables, durables et acceptables. Ces mesures incluent les tests et la recherche des contacts, ainsi que le fait de garantir que des services de santé permettant un accès aux plus récents traitements sont à la disposition de ceux qui contractent la maladie. 

 

Il faut offrir aux personnes présentant le risque le plus élevé de subir de graves conséquences une protection efficace contre la COVID-19, en particulier les personnes dans les établissements de soins de longue durée, mais cette protection doit respecter leur indépendance et leur procurer une qualité de vie raisonnable. 

 

En plus de celles dans les établissements de soins de longue durée, certaines des éclosions les plus importantes se sont produites dans d’autres milieux d’hébergement collectif (refuges pour sans-abri, prisons, dortoirs pour travailleurs agricoles étrangers temporaires) et des milieux de travail comme les abattoirs. Il faut adopter des mesures de protection et de soutien appropriées dans de tels milieux. 

 

Il faut concilier le contrôle de la COVID-19 avec les droits fondamentaux de la personne. Les gens doivent être habilités à prendre des décisions éclairées à propos de leur propre vie et du niveau de risque qu’ils sont prêts à accepter. Les mesures de santé publique universelles sont appropriées uniquement lorsqu’elles sont réellement nécessaires, appuyées par de solides données probantes, et lorsqu’il n’existe aucune solution de rechange. 





Recommandations

 

  1. Rouvrir les écoles, les entreprises et les soins de santé de façon prudente. Permettre les rassemblements d’amis et de familles. Fournir une orientation pratique qui permet aux citoyens et aux établissements de vaquer à leurs activités de façon sécuritaire et efficace. Rétablir la confiance du public et le convaincre qu’il est sécuritaire de sortir, que des mesures de précautions appropriées sont en place et que la situation fera l’objet d’une surveillance étroite. 

 

  1. Élaborer des plans de contrôle clairs en prévision de futures éclosions ou d’une résurgence de la maladie, qui sont axés sur le risque et ciblés, de sorte qu’il ne soit pas nécessaire d’imposer d’autres confinements universels.   

 

  1. Améliorer notre surveillance de la maladie pour que nous puissions avoir un portrait clair de l’activité de la maladie afin de prendre des décisions rapides et de fournir des conseils utiles à la population canadienne. Veiller à ce que la santé publique dispose des ressources nécessaires pour réaliser des tests et des recherches de contacts rapides et efficaces. 

 

  1. Fournir une orientation claire sur l’utilisation appropriée des tests de dépistage du virus (diagnostic) et de détection des anticorps (sérologie) à l’intention des fournisseurs de soins de santé, des employeurs et des organismes communautaires. Bien que les tests constituent un élément essentiel pour le contrôle de la COVID-19, ils doivent être réalisés intelligemment. Les tests systématiques, par exemple des tests quotidiens réalisés auprès de tous les employés d’un bureau, sont moins efficaces que les tests réalisés auprès de ceux ayant une plus grande exposition au public. 

 

  1. Évaluer le risque communautaire en appliquant des approches pour le contrôle des infections dans différents milieux. Des procédures qui sont appropriées pour un hôpital, où le risque d’exposition est élevé, ne sont pas nécessaires pour l’ensemble de la société. Les mesures de contrôle doivent être fondées sur des données probantes et couvrir le niveau de risque dans un milieu et une collectivité en particulier. Les mesures doivent tenir compte des coûts et des avantages au niveau individuel et de la collectivité en se servant d’un modèle axé sur les déterminants sociaux de la santé et en adoptant le point de vue de l’équité. 

 

  1. Évaluer le caractère approprié des recommandations de distanciation physique du point de vue du risque et des avantages. Lorsque le risque de transmission communautaire est très faible, les avantages absolus de la séparation physique sont négligeables, en particulier si l’on observe de bonnes pratiques d’hygiène et que les personnes symptomatiques restent à la maison. 

 

  1. Réévaluer les périodes de quarantaine et d’isolement sur la base des données probantes existantes. Il faut examiner les stratégies qui se servent des tests pour réduire cette période. Il faut réviser les restrictions en matière de voyages non essentiels dans toutes les parties du monde. Il faut recommencer à pouvoir voyager dans les pays où on observe peu de transmission communautaire. 

 

  1. Être clair concernant les situations où il est recommandé de porter des masques médicaux et non médicaux. Lorsque les conseils divergent sur la base de l’épidémiologie locale, fournir des critères clairs et fondés sur des données probantes relatifs à la prise de décision. Toute exigence concernant le port obligatoire du masque doit se baser sur de solides données probantes et préciser clairement les endroits où le port du masque est le plus approprié (espaces restreints, milieux d’hébergement collectif, etc).

 

  1. Améliorer la prévention et le contrôle des infections dans les établissements de soins de longue durée, puisque les décès sont principalement survenus en raison du non-respect de ces façons de faire dans certains établissements. 

 

  1. Les Canadiens et les Canadiennes doivent être mieux informés de leur véritable niveau de risque découlant de la COVID-19. Il est prioritaire de se doter d’un outil précis et accessible d’évaluation du risque. Un tel outil contribuera à habiliter les gens à prendre des décisions éclairées sur la façon dont ils choisissent de mener leur vie. Il faut aider les gens à comprendre et à gérer leur crainte et leur anxiété. 

 

  1. Offrir un soutien aux personnes vulnérables habitant dans la collectivité qui choisissent de s’isoler lorsque la maladie est active. Certaines personnes, même si elles sont à risque de contracter une maladie grave, peuvent souhaiter prendre des décisions éclairées pour continuer à mener leur vie normalement. De tels choix doivent être respectés et appuyés. 

 

  1. Veiller à ce qu’il existe des mesures de soutien adéquates pour les personnes ayant été affectées par la COVID-19 ou ayant souffert des conséquences des mesures de santé publique. Il est particulièrement essentiel d’offrir un soutien pour les problèmes de santé mentale et de toxicomanie, puisque les effets négatifs possibles sur la population sont énormes. 

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